dimanche 25 juin 2017

No swimming

Publié sur le site MilEtUne




Germaine m'avait bassiné pour aller passer un week-end en bord de mer au Boukistan.
Pour les ignares le Boukistan est connu pour ses plages désertes, sa mer bleue marine, son soleil implacable, son saké à volonté, bref un paysage de carte postale sauf qu'il n'existait pas de cartes postales pour éviter un afflux de touristes.
Germaine avait déniché pour l'occasion chez Emmaüs un ravissant bikini rouge et jaune à petits pois de chez Itsi-Bitsi-Tini-Ouini qu'elle tremblait déjà de montrer aux boukistanais.
J'avais pour ma part ressorti du grenier mon ensemble combinaison-palmes-tuba-masque de chez Trempette&Tempête qui faisait un effet boeuf et un peu grenouille aussi.

A notre arrivée on fut déçus de ne trouver qu'une plage déserte à perte de vue, en fait il n'y avait pas un chat.
Je fis remarquer très justement qu'au Boukistan tous les greffiers finissent dans les assiettes tout comme chez nous les vaches.
Il n'y avait pas de vaches non plus car du fait de leur caractère sacré au Boukistan on n'emmène pas les vaches à la plage.
Faut avouer qu'une vache sacrée en bikini c'est pas top.
J'avais l'air débile dans ma tenue boeuf-grenouille et sur la plage abandonnée qui ne bordait qu'un désert la seule chose qui débordait c'était le bikini de Germaine.
Un boukistanais hilare nous apprit entre deux vagues de rire que la mer était démontée et qu'on ignorait si elle serait remontée un jour faute de crédits.

Je lui demandai en anglais si le panneau "No swimming" présentait quelque intérêt dès lors qu'il n'y avait pas d'endroit où nager mais il était trop intéressé par les formes débordantes de Germaine pour me répondre.
Alors j'ai embarqué le panneau jusqu'à notre hôtel histoire d'avoir un souvenir à rapporter à la maison.
Visiblement le souvenir n'était pas du goût des deux flics qui nous attendaient dans le hall et qui nous ont embarqués; c'était la première fois qu'on embarquait, enfin la deuxième si on compte l'avion.
Les palabres furent houleuses et la note salée; on était mouillés jusqu'au cou, trempés jusqu'aux os... heureusement pour moi mon équipement était étanche.
Après réflexion – on a eu huit heures pour réfléchir – il semblerait que "No swimming" c'était le nom du bled et que les panneaux boukistanais c'est aussi sacré que leurs vaches.
Germaine m'avait assuré que l'avocat était une spécialité boukistanaise, pourtant on n'en a pas trouvé un seul pour nous défendre.
Pas facile de se faire comprendre des boukistanais avec un tuba dans la bouche et malgré ça les gars se marraient comme des baleines.
Les baleines, on ne les a jamais vues, pas plus que notre chambre puisqu'on a été raccompagnés à l'avion manu militari.
J'ignore lequel des deux s'appelait Manu mais lui aussi semblait ravi du bikini de Germaine.
Pendant le retour on s'est consolés au saké, à la vodka et à la liqueur de litchi et de gingembre; aux hublots les nuages faisaient des grandes vagues à vous filer le mal de mer... c'était toujours ça de gagné.
On a été malades pendant trois semaines mais il parait que c'est le prix à payer pour profiter des plages de ces pays là!

samedi 17 juin 2017

Les Gigots Matiques

Publié aux Défis du Samedi sur le thème: Zygomatiques



Quand j'entrai pour la première fois au club de musculation où je m'étais inscrit par téléphone, je ne vis aucun tapis, aucun agrès ni le moindre appareillage propre à entraîner son corps et ses muscles.


C'était sans doute ça la surprise.


Le patron – un dénommé Nicolaï Zygoma – m'avait parlé d'une méthode surprenante, révolutionnaire en ricanant au téléphone d'une façon qui m'avait intrigué et j'avais hâte d'en savoir plus.


Les joyeux adhérents s'appelaient les Gigots Matiques, tel qu'inscrit sur leurs tee-shirts; j'en aperçus quelques uns dont l'embonpoint faisait plaisir à voir et m'inquiétait tout à la fois.


J'en conclus qu'ils étaient nouvellement inscrits comme moi et je suivis le groupe vers une grande salle où nous allions transpirer pour la première fois.


Dès qu'il entra je reconnus le patron, moins à sa voix qu'à son rire gras et communicatif; d'ailleurs les autres se mirent à glousser en signe de ralliement et je me sentis obligé de me joindre à cette basse-cour...


C'était la première fois que je gloussais de ma vie et je dois dire qu'une fois passée la douleur aux commissures labiales, la sensation était plutôt agréable.


Premier exercice pour s'échauffer: dilatation du muscle risorius.


Je ne comprenais rien à ce terme technique jusqu'à ce que Nicolaï explique qu'il s'agissait d'un ridicule petit muscle sans lequel le monde entier eut été privé du sourire de la Joconde!


Pour l'exercer on eut droit à quelques blagues sur les blondes qui ne firent travailler que ceux qui les comprirent.


On eut droit en prime à celle-ci: "C'est en sciant que Léonard devint scie"... pas de quoi exploser le muscle risorius.





On enchaîna alors sans respirer une série de cinq Bigard, un développé de douze Semoun entrecoupé de Foresti dévastateurs!


Au beau milieu du dernier Foresti – si tant est qu'une blague ait un milieu – j'étais sur les rotules... enfin sur les parties postérolatérales de l'os maxillaire, ce qui revient au même.


Les autres n'étaient pas mieux et quand Nicolaï annonça pour finir en apothéose un combiné de dix Elmaleh et Dubosc, certains quittèrent la salle.


J'essayais de faire bonne figure malgré mes larmes et une teinte lie-de-vin sur tout le visage qui s'avéra être une réaction normale des musculus zygomaticus minor.





Je ne me souviens plus de la suite. Je me réveillai dans une salle de massage où il me semble que de jolies mais expertes malaxaient mes mâchoires et ma bouche en riant aux éclats.


C'était sans nul doute le meilleur moment de la séance bien qu'il soit facturé à un prix qui vous ôte définitivement l'envie de sourire.

















lundi 12 juin 2017

Sonnet gourmand

Publié aux Impromptus Littéraires sur le thème d'Une nuit gourmande



Une île surnageait sur le plafond flottant
le ventilo bruyant brassait la Chantilly
une quiche ventrue faisait des gargouillis
mon ventre distendu en faisait tout autant

J'ai repoussé du pied les draps en millefeuille
et reconnu sitôt l'odeur des pets-de-nonne
à moins que ce ne fut la tourte berrichonne
un fâcheux avait mis mon lit en portefeuille

D'un fumant waterzooï émergeait un poulet
sur les murs caramel coulait un kouign-amann
alors a retenti le chant du pétomane

Sur un gros financier fondaient des madeleines
je devais décamper, m'enfuir à perdre haleine
je n'aurais jamais dû reprendre un cassoulet

samedi 10 juin 2017

Le peuple des Yaka-Yakapa pour les Nuls


Publié aux Défis Du Samedi


Dieu seul sait quand ils sont apparus mais Dieu n'en a rien dit, alors on ne le sait pas.
Ce qu'on sait c'est que les Yaka-Yakapa sont un peuple homogène dont la devise est "là où y'a de l'homo y'a pas d'gêne, que du plaisir" contrairement aux peuples hétérogènes qui n'ont pas de devise particulière ou alors Dieu seul le sait.

Le royaume des Yaka-Yakapa est une monarchie patriarcale dirigée par le roi Kisenfou-Kisenfoupa dont le pouvoir cesse à sa mort et secondé par plusieurs chefs coutumiers qui ont coutume de l'appeler Crèvera-Crèverapa.

S'ils ont joué un rôle important dans le commerce triangulaire – la vente de triangles de signalisation routière de type Tupasse-Tupassepa – les Yaka-Yakapa sont plus connus pour la culture du café-filtre robusta également de type Tupasse-Tupassepa.
Peuple bantou ennemi juré du peuple banrien, ils sont voisins des Sudoku, des Jiva-Jivapa, des Pan-Bagna, des Pipi-Caca et des Jicroi-Jicroipa.

On distingue sept castes chez les Yaka-Yakapa :
les profs ou boss-paboss
les atchoums ou avosouhai-paavosouhai
les dormeurs ou dodo-padodo
les grincheux ou ronchon-paronchon
les joyeux ou ravi-paravi
les timides ou gêné-pagêné
et les simplets ou nigo-panigo

Leur démographie est régulée par une contraception ancestrale héritage de Zanini, dite Tuveu-Tuveupa.
Leur langue, la plus connue des langues bantoue est le swahili-swahilipa qui permet tout à la fois de lire ou de ne pas lire.
Pour l'écriture ils possèdent l'alphabet swatuécri-swatuécripa.
Ils croient à la foudre, à l'arc-en-ciel (surtout le bleu), à la tablette tactile, aux sorciers amateurs de chair humaine et au Ypleu-Ypleupa.
Ils croient aussi aux défis de chaque jour de la semaine sauf à celui du samedi qu'ils nomment étrangement le samedipa.

Prochainement : Le peuple des PourUnOui-PourUnNon pour les Nuls

mercredi 7 juin 2017

Tra la la la lère


Publié aux Impromptus Littéraires sur le thème :"Né quelque part"


Il parait que j'ai longtemps hésité entre venir par le siège et par la présentation transverse pour finalement débarquer de façon banale c'est à dire par voie basse ce qui au passage n'empêche nullement de brailler à tue-tête.

On dit que j'aurais braillé un mot de trois lettres mais quand d'autres auraient braillé Oui ou Non, j'avais parait-il braillé Kir!

Et me voilà tout étonné, déjà façonné dans le moule, formaté à la mode bourguignonne parce que né – Dieu seul sait pourquoi – sur cette Côte liquide, sur ce grès couleur de miel qui brille au couchant et qui d'après moi a donné son nom à la Côte d'Or.

A quoi ça tient les racines? A un mot de trois lettres?
A dix centilitres d'un apéro né d'un chanoine bon vivant? A un blanc-cass? 

Le vrai blanc-cass, m'sieurs dames c'est un tiers de vin blanc cépage aligoté et deux tiers de crème de cassis à 20°. Ajoutez-y un bon tiers d'accent bourguignon – on n'est pas à un tiers près – en rrroulant les 'R' et vous êtes au parrradis!!
Concernant le rrroulage des 'R' il fallait que cette singularité soit d'importance pour que Molière dans son Bourgeois Gentilhomme en ait fait une description prrresque chirrrurrrgicale:
“L'R se prononce en portant le bout de la langue jusqu'au haut du palais, de sorte qu'étant frôlé par l'air qui sort avec force, elle lui cède, et revient toujours au même endroit, faisant une sorte de tremblement : 'Rrr'.

A quoi ça tient les Rrracines? A une façon de mettre sa langue dans son palais ou encore à une façon de chanter son bonheur d'être là à la moindre occasion.
Quiconque sait chanter “Tra la... Tra la... Tra la la la lère...” en approchant les mains en forme de coupe à hauteur de sa trogne pour les faire tourner comme si on regardait à travers est déjà un pro du ban bourguignon.
Avec mes cousins on le pratiquait à notre manière c'est à dire d'une seule main pour pouvoir en même temps pincer les fesses des filles... ce qui nous valait aussi des calottes.

En cherchant bien on trouve d'abord ses racines au fond de l'assiette; j'ai toujours vu les anciens rafraîchir leur restant de soupe avec une grande rasade de Passetoutgrain comme une sorte de rituel ancestral.
Mais d'où ça sort ce Chabrot ou Chabroù?
Un lointain cousin des Baux de Provence qui connaissait Mistral par cœur soutenait que l'expression venait de cabroù parce qu'on boit dans son assiette comme le ferait une chèvre.
Bref bouc ou biquette, peu m'importait, j'ai fait comme les autres... des grands Slurp!

J'aurais pu naître dans n'importe quel endroit normal, un endroit où les fontaines pissent de l'eau fraîche et bien non... à Dijon la fontaine du Bareuzai – notre Manneken-Piss bourguignon vêtu d'une simple feuille de vigne – “pisse” du vin une fois l'an pour les fêtes de la Vigne.

A l'ombre de mes racines j'ai grandi et puis j'ai fini par en avoir une grosse... une vraie, cadeau de l'oncle Hubert le jour où il est revenu de la ville avec une Choillot toute neuve. Ce jour là, Vindiou! j'ai eu droit à un cours magistral sur l'invention de Jean et André Choillot, deux bricoleurs de génie qui avec une caisse, deux roues et un attelage de vélo allaient révolutionner le monde de la carriole attelée et du même coup faire de moi le plus fier des gars du village.

Si on ne choisit pas ses racines on en prend tout le bon et on s'accommode du moins bon.
Les racines c'est un joyeux pêle-mêle, de “la paulée” – le banquet de fin des vendanges – de la saint Vincent tournante qui n'a rien d'obscène, de la vente à la bougie des Hospices de Beaune, des Chevaliers du tastevin et leur drôle de coupelle à dégustation, bref comme disaient mes ancêtres :”Les coutumes comme les femmes, sont faites pour être respectées... et bousculées aussi”.

samedi 3 juin 2017

Le Resolute Desk

Publié aux défis du Samedi sur le thème: Xylophage




J'avais trop entendu les anciens évoquer des années de disette à l'heure du formica ou à celle plus récente du plastique pour ne pas avoir envie de me farcir le style suédois au risque de me bousiller les mandibules sur un avsiktlig ou un godmorgon... alors j'avais choisi les formes simples, les courbes discrètes du style Directoire et le charme de ses chapiteaux de feuilles de palme en acajou... Miam Miam

C'est fou ce qu'on peut trouver comme vieilleries dans les musées, c'est pourtant là où j'avais rencontré Vrillette, une jeune gourmande capable de vous grignoter les orteils d'un pied de méridienne sans respirer.
Elle tenait ça de sa grand-mère qui avait parait-il visité toutes les bergères d'un lupanar du XVIème arrondissement de Paris! La grande classe!

Il fallait voir Vrillette creuser ses galeries "dans un fauteuil" si je peux dire et faire d'adorables petits tas de sciure comme un jeu de piste dans les allées désertes où je la suivais à la trace comme un élève docile.
Je me demande où cette menue bestiole pouvait bien mettre tout ça, moi qui me rassasiais d'un bouton de tiroir ou d'une maigre moulure de baldaquin.
Ainsi grâce à Vrillette j'appris tout de ce fabuleux métier de sapeur auquel j'étais destiné mais au fil du temps et des orgies de hêtre et de noyer je sentais bien que Vrillette perdait le moral et donc l'appétit.
Il faut dire que son désir secret, son besoin inassouvi c'était d'aller Outre Atlantique goûter à ce fameux bureau – le Resolute Desk offert par la reine Victoria aux Etats-Unis en 1880 et fabriqué dans le bois d'un navire british sauvé des glaces par les ricains – un bureau de chêne de plus de 220 kilos récemment livré aux frasques du nouvel occupant de la Maison Blanche!
J'eus beau argumenter que là où y'a du chêne y'a pas d'plaisir, je voyais Vrillette dépérir chaque jour, les mandibules désespérément tournées vers son Eldorado.
J'eus beau lui présenter un reste de baldaquin que l'armée de mes congénères convoitait... rien n'y fit.
Elle disparut un matin alors que j'attaquais une commode Louis XV histoire de varier le menu.
J'espère qu'elle aura pu embarquer sur un de ces tas de ferraille qu'on appelle tankers et qu'elle saura ronger son frein car la route est longue vers les amériques...




mardi 23 mai 2017

Fèqueniouze

Publié sur MilEtUne d'après l'illustration




T'as vu Germaine que l'maire y veut plus qu'on clamse à domicile?
Où qu't'as vu jouer ça, la Yolande?
Ben, c'est dans l'journal... l'maire de Laigneville il a signé c'qu'on appelle un arrêté!
Moi j'm'en fiche, j'suis née à Maigneville!
P't'êt ben mais t'as épousé l'Marcel de Laigneville alors t'es concernée, tout comme nous autres
Et les frontières, qu'est-ce que t'en fais des frontières?
Et où qu'elle est la frontière entre Laigneville et Maigneville?
Ben c'est l'fossé que l'Marcel il avait sauté pour venir me marier.
Ah ouais? Il avait pas sauté que l'fossé, vu comme t'étais grosse!!
Arrêtez d'vous chamailler les filles... c'est juste une fèqueniouze
...

Hein? C'est quoi ta fèqueniouze?
C'est un nouveau truc qui vient d'sortir... c'est des chars, des menteries, des trucs à la noix mais c'est en anglais pour faire plus nouveau
Pourtant l'maire de Laigneville c'est pas un fèqueur de niouzes... c'est pas n'importe quel féqueur, c'est l'cousin germain d'la Madeleine!
Ouais sauf que la Madeleine elle a cassé sa pipe la s'maine dernière alors ça risquait pas qu'elle soit arrêtée par son cousin...
En tout cas moi j'veux clamser dans mon lit, çui qu'on avait acheté au Mammouth avec le Dudule pour not' mariage!
T'as encore le lit d'ton mariage, toi? Y doit sacrément êt' défoncé!
Pas tant qu'le tien, la Fernande! Y'a eu qu'un homme dans ma vie et dans mon lit!

Arrêtez d'vous chamailler pour une fèqueniouze, les filles! C'est pas l'maire qui vous traînera dehors par les pieds au moment du dernier soupir...
T'as raison... et pis avant qu'on clamse il a tout l'temps d'arrêter son arrêté.
Ben... comment on fait pour arrêter un arrêté?
La Madeleine elle devait savoir ça, rapport à son cousin germain, mais c'est trop tard pour lui d'mander
Laissez tomber les filles, pisque j'vous dis qu'cest une fèqueniouze!



lundi 22 mai 2017

Le crapaud et le paradoxe

Publié aux Impromptus d'après ma photo





Décidant de quitter la mare et son troupeau
au fond d'un arrosoir qu'il avait repéré
un crapaud retraité fumeur invétéré
comptait dilapider sa retraite-chapeau

Le voici crapotant cibiches et mégots
dans un épais brouillard il s'adonne à son vice
sous lui le cendrier est en libre-service
le zinc est son tripot, vicié, son Chicago

Un zélé jardinier croyant à l'incendie
crie au feu et s'emploie à noyer l'arrosoir
comble du paradoxe, adieu l'assommoir (*)

Le piteux amphibien patauge en décoction
en appelle au troupeau, à sa congrégation
mais le sonnet fini... ce qui est dit est dit


(*) Assommoir: Débit de boissons alcoolisées

samedi 20 mai 2017

Les Quatre-fers-en-l'air

Publié aux Défis Du Samedi



Je l'avais rencontrée à la Va-comme-je-te-pousse – une guinguette pour célibataires endurcis dont la devise était «Célibataire optimiste: votre lit est à moitié plein» – où on nous avait rangés sur deux lignes-de-mire: la ligne des Quatre-fers-en-l'air et celle des Feu-au-derrière.
J'étais dans celle des Quatre-fers-en-l'air et donc celle que j'appellerai Germaine se trémoussait d'impatience sur l'autre rang-d'oignon.
La lumière des vessies-pour-des-lanternes était si tamisée qu'on se serait crus aux toilettes; on n'y voyait goutte-qui-fait-déborder-le-vase, pourtant je vis qu'elle avait d'immenses yeux-plus-grands-que-le-ventre et une façon de pousser-mémère-dans-les-orties qui l'avait propulsée au premier plan-foireux.
Moi je n'avais que mes yeux-de-merlan-frit comme tous les vendredi et je ne voyais pas comment j'aurais pu en changer.
Pour nous mettre dans l'ambiance les organisateurs nous avaient proposé des canapés au beurre-dans-les-épinards et un cocktail tout-sucre-tout-miel à base de pissenlit-par-la-racine mais vu l'heure tardive j'optai pour un bouillon-de-onze-heures et elle une soupe-à-la-grimace dont elle but juste un doigt-dans-l'engrenage mais avec le sourire.
J'eus tout le loisir d'admirer sa belle paire de jambes-en l'air et ses chevilles-ouvrières, ses cheveux-sur-la-soupe qui frisaient-le-ridicule et ses airs-de-ne-pas-y-toucher.
De son côté – celui des Feu-au-derrière – elle ne semblait pas indifférente à mes poils-de-la-bête à défaut d'en deviner plus-si-affinité.
Comme elle me frottait le dos-de-la-cuillère, je la tempérai un peu, beaucoup, passionnément, pas enclin à me coucher-avec-les-poules.
Elle insista quand même pour monter-sur-ses-grands-chevaux malgré l'exiguïté de l'escalier.
Je pris sa main-au-panier mais sans le panier dans un premier temps.




Je trouvai la chambre ordinaire... Germaine non plus, alors je cessai de siffloter ce tube qui ne marche qu'avec les Félicie...


Tandis qu'elle ôtait sa jolie robe verte-et-des-pas-mûres, j'enlevai mon habit-ne-fait-pas-le-moine réparé à la diable-par-la-queue et cousu-de-fil-blanc faute de moyens.
Impressionnés – surtout moi – on se glissa sous la peau-de-l'ours-avant-de-l'avoir-tué; en effet la chambre-de-commerce empestait l'ours, un subtil mélange de gibier-de-potence et d'huile-de-coudes.


Avant même qu'on commence à crier-sur-les-toits, derrière les murs-ont-des-oreilles j'entends chanter un oiseau-de-mauvaise-augure. Tout ça ne présage rien de bon, Nom d'un chien-dans-un-jeu-de-quilles! je crois bien que c'était une levrette... on n'est jamais très sûr.


Comme elle m'avertit que son chat-échaudé-craint-l'eau-froide je la prends-avec-des-pincettes, je la mange-à-tous-les-rateliers, lui offre mon manche-après-la-cognée jusqu'au bout du rouleau-de-printemps (Passez-moi l'expression... non, ne me la passez pas)
Alors elle m'appelle son petit bonhomme-de-chemin, me baptise son cadet-de-ses-soucis, son inconnu-au-bataillon, puis son polichinelle-dans-le-tiroir, son as-de-pique et enfin son autre-paire-de-manches.
Je lui dois-une-fière-chandelle... je n'aime pas devoir.
Elle tourne-sept-fois-sa-langue-dans-ma-bouche, elle trompette-de-la renommée, elle aboie-et-la-caravane-passe (il y a foule tout à coup), elle rue-dans-les-brancards, elle s'en tamponne-le-coquillard... il va être temps de conclure quand un homme-averti-en-vaut-deux pointent leur tête à la mords-moi-le-noeud en demandant-si-c'est-du-lard-ou-du-cochon?


Péniblement je me remets-sur-mon-trente-et-un, je chausse petit.
Tuée, ma poule aux œufs dort-sur-ses-deux-oreilles, un ange passe-comme-une-lettre-à-la-poste... pas moyen d'être tranquille.
Dans le doute, absente-toi!
Je prends-mes-cliques-et-mes-claques, surtout mes claques... je me souviendrai du Va-comme-je-te-pousse.









lundi 15 mai 2017

Impur hasard

Publié aux Impromptus Littéraires sur le thème: Un pur hasard




Elle dansait à l'Alcazar
dans une revue dévêtue
moi je bossais aux Impromptus
j'étais le roi des partouzards
y'a pas d'lézard

J'ai pris un hachis Parmentier
elle une salade Caesar
j'en ai barbouillé mon falzar
et éclaboussé son bustier
fâcheux hasard

On a galopé au vestiaire
elle était plus leste que moi
j'avais le bazar en émoi
le caleçon en serpillière
un peu vasard

On s'est détachés de concert
et attachés à corps perdus
dans ma fièvre je l'ai mordue
comme on croque dans son dessert
un pur nectar

Au final elle était couillue
et s'appelait Jean-Dominique
je la trouvai moins volcanique
je me trouvai bien ingénu
piteux hasard




dimanche 14 mai 2017

Un bon coup de fouet

Publié sur le site MilEtUne d'après l'illustration




On aurait dit un peloton d'exécution mais en plus joyeux, ça crépitait de partout!
Ce qui plaisait le plus à Germaine c'étaient tous ces flashs comme on en voit sur la Croisette... enfin, quand on regarde la télé qui filme la Croisette.
Ca avait commencé tôt le matin sur les Champs-Déguisés.
Germaine avait mis son beau tailleur bleu ciel, celui qu'elle avait troqué chez Emmaüs contre notre grille-pain qui grillait trop le pain.
On avait eu la bonne idée de vouloir aller ramasser tout ce crottin que les chevaux laissaient derrière leur cul après le passage du nouveau président.
Pas tellement pour lui éviter d'avoir à faire le ménage après tout le tintouin mais parce qu'on venait juste de refaire notre potager et qu'on avait besoin d'un bon coup de fouet pour les tomates!
A propos de coup de fouet, je dois dire que le service d'ordre est plutôt musclé et que leur taser chatouille pas mal! J'avais le palpitant coupé et Germaine un mal au fondement dont elle se souvient comme de sa première épisiotomie.

Germaine a pas eu le temps de remplir son sac à main de crottin – y donnent plus de sacs plastic dans les supermarchés – qu'on nous a aussitôt emmenés manu-militari c'est à dire sous bonne escorte mais on n'a pas eu droit au Véhicule Léger de Reconnaissance et d'Appui parce qu'il n'y avait pas assez de place ou que ça sentait pas très bon; on se doutait aussi qu'on n'irait pas dans la même direction que tout le tintouin pour pas déranger le protocole.
On a eu droit à un panier à salade fermé, c'était pas plus mal puisqu'il s'est mis à pleuvoir un peu – juste des gouttes d'eau, pas des baffes parce que c'était jour d'investiture – jusqu'au commissariat du 8ième.
C'était vachement bien organisé puisqu'on était attendus par le peloton de photographes comme j'ai dit plus haut...
Germaine était aux anges, pas fâchée d'étrenner son beau tailleur malgré la pluie qui le délavait un peu... on devrait se méfier des grandes marques de chez Emmaüs.
Alors par orgueil on a posé comme on a pu sous la mitraille et les flashs pendant que le service d'ordre nous traînait à l'écart.
C'est pour ça qu'on a un air penché sur les photos mais Germaine dit que ça fait plus naturel, moins Sophie Stiqué – je peux pas connaître toutes les Sophie – alors on a acheté tous les exemplaires de Paris-Match ce matin chez notre libraire pour les revendre un bon prix aux voisins de notre quartier.
Ils vont en baver des ronds de chapeau... et nous on nous a promis une citation dans notre casier subsidiaire.


samedi 13 mai 2017

Ubac or not ubac ?


Publié aux Défis Du Samedi





Depuis le jour où ont été créés le soleil, l’hémisphère Nord, les montagnes et les vallées les ubacquois et les ubacquoises vivent dans l’ombrée tandis que les adretois et adretoises vivent dans l’adroit.

Tout le monde ne peut pas naître du « bon côté » de la montagne sinon la montagne déséquilibrée basculerait, de même que le soleil ne peut éclairer les deux versants de la même manière sinon à quoi servirait l’ubac ?

Ainsi les ubacquois vivaient dans l’ombre quand les adretois vivaient dans la lumière et c’était ainsi, les uns condamnés à grelotter et choper la crève quand les autres grillaient et se ratatinaient au soleil.

Un versant sentait la tisane et le grog quand l’autre versant sentait la merguez et l’huile solaire.

Alors chaque année ceux qui n’en pouvaient plus de grelotter votaient pour élire le roi de l’adroit et ceux qui en avaient assez de griller votaient pour élire le roi de l’ombrée.

Bizarrement le roi de l’adroit était cousin du roi de l’ombrée; ils avaient eu la même nurse, les mêmes couches culottes, avaient été élevés dans les mêmes principes, avaient suivi les mêmes études de roi et régnaient pourtant sur deux peuples qui s’enviaient à tout instant.

Certes l’herbe était plus verte chez les uns que chez les autres mais qu’y faire ?

Un jour vint à passer au creux de la vallée celle qu’on baptisa aussitôt la reine des tièdes et dont les deux rois tombèrent éperdument amoureux tout comme tous les ubacquois et tous les adretois.

Le roi de l’ombrée en fut tout cramoisi quand le roi de l’adroit fondit sur place bien plus qu’il ne le faisait chaque jour. 

Mais dans les contes une reine – fut-elle reine des tièdes et pas farouche – ne peut épouser deux rois tout comme le soleil ne peut sourire aux deux pentes d’une montagne en même temps.

Elle leur raconta qu’elle venait de l’hémisphère Sud, un endroit curieux où ceux exposés au Sud grelottaient et ceux exposés au Nord grillaient et s’enviaient tout autant… ce qui ajouta à leur confusion.

Il décidèrent donc que le mieux était de ne rien faire et de laisser la reine des tièdes choisir son amoureux.



Des siècles plus tard les ubacquois continuent à grelotter, les adretois à griller et les deux cousins-rois à se morfondre… et tous les hommes quel que soit leur versant élisent et réélisent leur célibataire reine des tièdes.














samedi 6 mai 2017

Paris s’éveille


Publié sur le site MilEtUne sur le thème: Pièces à conviction






“Cinq heures du matin, Paris s’éveille“ sifflotte l’inspecteur La Bavure.
Alice, escortgirl parisienne, et Marcel, amiral de la marine suisse, sont retrouvés morts et menottés l’un à l’autre sur un banc du parc Monceau.



“Y a une marine en Suisse?“ s’interroge Ouatson en se grattant la tête.

“Faut croire“ lui répond Ouatelse, assistante fraîchement recrutée afin d’assurer la parité dans ce monde de brutes du 36 Quai des Oeufs Frais “puisque le chef l’a lu sur son passeport“.



“Vous trouvez pas ça bizarre, chef que ce Marcel porte justement un jersey blanc comme  Bruce Willis dans Piège de cristal ?“ ose Ouatson coutumier des questions saugrenues.

L’inspecteur semble perdu dans ses pensées, ignorant la question de Ouatson :“Ces deux-là menottés sur un banc… ça me fait penser à Musso“.

“Vous voulez dire Musseau… le patron du Café Laurent en bas de chez nous, chef?“ ose Ouatson en se grattant la joue.

La Bavure soupire :“Musso, l’auteur du roman Central Park, Ouatson!“



Le médecin légiste a extrait l’objet de la bouche de l’amiral et le tend à Ouatson :“C’est un harmonica Hohner, le modèle Marine Band… des millions d’exemplaires dans le monde, on en tirera rien“

Ouatson le porte à sa bouche :“On doit bien pouvoir en tirer quelques notes“ dit-il en recevant une violente bourrade de son supérieur.

“Non mais vous êtes taré mon vieux! Une pièce à conviction, ça ne se met pas en bouche!“ hurle t-il “Allez plutôt faire un tour chez cette Alice avec Ouatelse, c’est juste en face!“



L’appartement est en grand désordre mais les deux experts ont tôt fait de dénicher des indices majeurs: deux tickets de cinéma et un tube de rouge à lèvres d’une grande marque en 4 lettres commençant par D.

Ouatson avise la cafetière “la même qu’oncle Hubert… une Black&Brown FA833“ déclare t-il fièrement “ça maintient au chaud pendant 4 heures… d’ailleurs ça tombe bien c’est encore chaud“.

Ouatelse s’impatiente :“Non, Ouatson! On n’a pas l’temps d’en prendre une tasse“.



Elle prend pourtant le temps de retoucher ses lèvres avec ce tube-indice-majeur qui aurait de toute façon séché dans une boîte au 3ième sous-sol des archives.

Ouatson s’impatiente à son tour :“J’aurais eu l‘temps de prendre un caoua! Bon, qu’est-ce qu’on fait des tickets d‘cinoche?“

“Ben… rien… y doivent être foutus“ répond la donzelle aux lèvres repeintes.

“C’est marrant“ remarque Ouatson “les numéros se suivent et se ressemblent… 0546794 et 0546795“

„Ils devaient surement être assis côte à côte“ conclut Ouatelse en s’observant dans une glace  “c’est Dior Addict! Elle s’emmerdait pas la fille!“

“Dior Addict? Connais pas ce cinéma dans le quartier“ bredouille Ouatson en empochant les deux tickets.

“C’est pas un cinéma, Ouatson… c’est la marque du rouge à lèvres!“ rectifie Ouatelse “Allez! On se tire“



“Six heures du matin, Paris s’éveille“sifflotte l’inspecteur La Bavure qui bat la semelle devant le banc où les deux corps ont été recouverts d’un drap :“C’est pas trop tôt! Alors? Des indices?“

Ouatson soupire :“Des banalités, chef. Y z’étaient ensemble au cinéma et la fille se maquille chez Dior par contre quelqu’un a fait du café y’a moins de 4 heures!“

La bavure fulmine :“Et vous pouviez pas l’dire plus vite? L’assassin était peut-être encore là!!“



Ouatson n’a pas son pareil pour esquiver les sujets qui fâchent :“En tout cas chef, l’amiral avait une drôle de façon de jouer de l’harmonica!“ et il ajoute avec un clin d‘oeil à Ouatelse “y risquait pas de s’irriter les lèvres, hein?“




Téléscopage


Publié aux Défis Du Samedi







La souillarde – d’autres disent cuisine –  était déserte, aucun témoin oculaire en vue à l’heure sacrée de la sieste, Jeannot se haussa à la hauteur d‘une des boîtes de lentilles, s’en saisit puis remit de l’ordre dans le placard.

Tante Jeanne n’y verrait que du feu.

En faisant deux petits trous dans cette boîte de lentilles, Jeannot ne visait qu’un seul objectif: se construire une lunette à bas coût, une comme il en avait tant vu dans les vitrines de Noël mais à des prix astronomiques; il en bavait d‘envie.

Maintenant il devait tester son invention et il ne s’agissait pas de regarder tous azimuts; il lui fallait trouver une cible de choix.

Il monta à l’étage où tante Jeanne était allée se reposer et braqua machinalement sa boîte magique sur le trou de la serrure de sa chambre.

Au début il ne vit rien qu’une nuit sans étoiles mais comme il allait pester contre son invention, il y eut comme un ronflement puis un mouvement sur le lit et une lune apparut, une grosse lune parfaitement ronde qui semblait lui sourire.

La planète callipyge rayonnait malgré un certain flou qu’il qualifia d‘artistique, elle palpitait comme un coeur ou bien c’était le sien qui explosait dans sa maigre poitrine!



Haletant, il observa l’astre blême pendant un long moment jusqu‘à s’en tordre le cou, jusqu’au bruit alarmant des pas d’oncle Hubert dans l’escalier.

Jeannot s’éclipsa dans sa chambre, serrant crânement son télescope de fortune dans ses bras: il n’en croyait pas ses yeux, ça avait fonctionné !

Derrière la mince cloison, des chuchotements puis des soupirs et des bruits divers s’étaient installés.

C’était donc vrai ce qu’on racontait sur les pouvoirs insoupçonnés de la lune… la mer qui montait, les cheveux qui poussaient, le sang qui bouillait, les femmes qui pondaient leurs marmots!



Après un temps interminable comme on peut en mesurer à l’heure où les grands font la sieste, les bruits divers cessèrent d’un coup; Jeannot attendit un peu avant de sortir discrètement de sa chambre non sans avoir caché son invention sous son lit. Demain, il se faisait fort d’aller observer les planètes jumelles de ses cousines.

Dans la pénombre il ne vit pas Oncle Hubert sorti vivement de sa propre chambre et qui le télescopa en s’empêtrant dans les bretelles pendantes d’un pantalon tout aussi pendant :“Cré vindiou!“ tonna t-il de sa grosse voix “tu peux pas plutôt aller traînailler déhors avec ce soleil?“



Jeannot faillit lui faire remarquer que l’astre du jour ne présentait plus aucun intérêt pour lui dorénavant mais il se ravisa. Oncle Hubert ne devait rien savoir de sa nouvelle passion.

Plus tard il serait astronome ou voyeur… si les boîtes de lentilles n’avaient plus de secret pour lui il ignorait le terme exact pour décrire ce si beau métier.